S’adapter et tirer une force de sa souffrance prend du temps

Les enfants ont une faculté d’adaptation impressionnante. Une résilience, sorte d’immunité face à l’écroulement psychique que les adultes n’ont pas. Est-ce dû à l’ignorance, tout simplement? Au fait que le cerveau des enfants, incapable de se représenter certaines choses, les met dans un coin, en suspens, jusqu’à ce que l’enfant grandisse et soit en mesure de les digérer?

Un enfant qui n’a pas pu se développer au bon moment devra le faire plus tard, à l’âge adulte, sans la même résilience. Ce n’est pas la même histoire: cela fait plus mal et cela prend plus de temps. C’est ce qu’il s’est passé pour moi et cela a eu l’effet d’un coup de poing dans l’âme et d’une perte de repère vertigineuse. En fait la douleur était telle que j’aie prié pour mourir tout de suite. Je ne pouvais pas imaginer vivre une seconde de plus avec une telle souffrance. Je ne voulais plus exister.

Cristiana Seppas

Je suis contente de ne pas avoir été exaucée sur ce coup-là parce que l’adage qui dit que « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » est vrai. Pour autant, je ne souhaite à personne de connaître cela. Au final, je crois que cette douleur immense, qui me faisait mal jusque dans mon corps, était l’accumulation de toutes les émotions et traumatismes que, ne pouvant pas gérer enfant, j’avais refoulés. Et il y en avait trop. A mesure, progressivement, que j’avançais dans ma thérapie et que je digérais, une par une, ces émotions, je sentais comme un déclic et un poids me quitter. Au début, c’était subtil parce que je portais beaucoup de poids. Maintenant, c’est de plus en plus notable.

La représentation du temps change lorsqu’on passe par là, il le faut bien. J’ai vu mes amis avancer dans leur vie tandis que j’étais bloquée. Combien ne m’ont pas dit que j’étais entrain de passer à côté de ma jeunesse et cela me brisait le cœur car j’avais tellement envie de faire comme eux. Je ne le pouvais simplement pas car j’étais terrassée. Ils ne l’auraient pas pu non plus à ma place. J’ai appris à appréhender le temps différemment, en prenant conscience que ce n’était pas grave de ne pas avancer au même rythme que les autres. Je n’ai pas perdu de temps car l’énergie que j’ai investie dans ma thérapie va m’en faire gagner beaucoup par la suite.

La chronophobie est néfaste. D’après moi, c’est la peur de passer à côté de quelque chose ou de perdre son temps qui nous fait le perdre réellement. Le temps n’est pas une marchandise, on ne le « perd » pas. On navigue sur lui. Et si nous ne le naviguons pas comme il est conforme de le faire, cela ne veut pas dire que nous perdons quoique ce soit, juste que notre parcours de vie est un peu différent.

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